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Dans les coulisses de la sortie retardée de Football Manager 26
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Francisco Dominguez
Notre récit commence avec FM25, qui annonçait la plus grande révolution depuis le lancement du premier moteur de match 3D de la série en 2008. Il devait s’agir d’une refonte totale du jeu. Celui-ci était censé offrir un nouveau moteur, une expérience flambant neuve pour les jours de match, un remaniement de l'interface, la mise en place du football féminin et une série de fonctionnalités tactiques poussées.
Au lieu de cela, FM25 est le jeu Football Manager qui n'a jamais vu le jour. Dans un premier temps, sa sortie, prévue pour l’automne 2024, a été repoussée à mars 2025, puis, en février, il a été annulé, mettant un terme à une série de sorties annuelles s'étalant sur 31 ans.
« Pour faire simple, FM25 n’était pas à la hauteur », raconte Miles Jacobson à l'équipe de l’Epic Games Store. « Nous étions trop ambitieux et cherchions à faire trop de choses avec le peu de temps à notre disposition. Il y a eu de nombreux problèmes pendant le cycle de développement. Utiliser un nouveau moteur, c’est galère. Le faire quand on a utilisé son propre moteur interne pendant environ 30 ans… c’est aussi galère. »
L’équipe était terriblement déçue, mais aussi soulagée. Elle s’était engagée à préserver la réputation de la série plutôt que de se précipiter à sortir un navet inachevé. « De nombreuses personnes ont été déçues que nous n’ayons pas sorti de jeu l’année dernière. Je pense qu’elles auraient été encore plus déçues si nous avions sorti ce qui était prêt l’année dernière », affirme Miles Jacobson.

La décision n'a pas été facile, et elle leur a coûté cher. En proie à la culpabilité et au doute pendant les mois qui ont suivi l’annulation, Miles Jacobson refuse de justifier cette dernière en raison de la pression supplémentaire de réinventer un jeu dans le cadre d'un cycle de sortie annuel – le seul modèle que le studio ait jamais connu. Il n’y a pas de place pour les regrets, qu’il qualifie « d’émotions inutiles ». Après une année de dur labeur supplémentaire, ce nouveau départ tant attendu est enfin arrivé.
« FM26 constitue la première étape du parcours de Football Manager pour les 20 ans à venir. Il ne s’agit pas d’une suite de FM24 », affirme-t-il
Révélations sur les animations
Les avantages de cette période de prolongation sont clairs lorsque l’on voit le nouveau moteur de match en action. Nous sommes loin de la première version 3D rudimentaire. Quand on compare le réalisme de FM26 aux titres de la franchise des années 2000, on a l’impression de comparer Pong à The Last of Us. Grâce à son IA et à ses prises de vue dignes d’une diffusion télévisée, FM26 donne l’impression d’assister à un vrai match.
Parce que c'est le cas. Les caméras Hawk-Eye, très performantes, sont un élément incontournable des matchs de football professionnels. Elles sont utilisées pour suivre le ballon afin d’aider les arbitres à savoir si celui-ci a franchi la ligne de but. Elles leur permettent également de surveiller les joueurs au niveau leur squelette, afin de détecter des violations des règles telles qu’une main sur le ballon ou un hors-jeu. Ce faisant elles ont, sans s'en rendre compte, constitué une base de données d’animation au niveau mondial, désormais utilisée par Sports Interactive.

« Nous nous sommes rendu compte que les caméras des stades qui sont utilisées pour la technologie sur la ligne de but et l’assistance vidéo à l’arbitrage suivent les os. Les personnages dans les jeux sont souvent composés d’os [les modèles 3D utilisent le rigging pour des mouvements d’articulation réalistes], et il s’est avéré que les caméras disposaient du même suivi que pour notre jeu ! », explique Miles Jacobson. « C’était un peu une révélation pour nous. »
Grâce à quelques ajustements ils ont pu, en plus de leur propre technologie de capture de mouvement, transférer directement les nombreuses données des caméras Hawk-Eye dans leur propre système d’animation, à la fois pour le football masculin et pour le football féminin. Dans FM26, chaque passe, chaque tir et chaque mouvement soudain (même la façon dont un joueur lève les yeux avant d’effectuer une passe en diagonale à travers tout le terrain) reposent sur un vaste volume de données issues directement des retransmissions.
Miles Jacobson est ravi du résultat. « Les animations désormais présentes dans le jeu font que dans de nombreux cas (Premier League anglaise, Bundesliga allemande), les matchs ressemblent aux matchs que l’on regarde à la télé », confie Miles Jacobson. « Cela donne cette authenticité et cette crédibilité supplémentaires à l’univers du jeu. »
Une révolution tactique
Il est clair que le football est la raison d’être de l’équipe de Sports Interactive. Il n’est donc pas surprenant de voir que FM26 récompense plus que jamais les fans qui s’y connaissent en football, en leur permettant d’imiter les tactiques sophistiquées de l’entraîneur de Manchester City, Pep Guardiola, ou de celui de l’équipe des États-Unis, Maurice Pochettino, en incluant la gestion de la formation lorsque votre équipe perd le ballon.

Pour Miles Jacobson, les effets de cet ajout sont indéniables : il s’agit tout simplement « d’une révolution tactique. » Il s’agit d’un cadeau pour le fan moyen, dont les connaissances se sont fortement développées grâce aux avancées du journalisme sportif. Maintenant, il peut comprendre des sujets qui lui semblaient ésotériques auparavant, tels que les transitions et les pressing triggers, les probabilités statistiques des buts attendus ou les subtilités en ce qui concerne la ligne de défense.
Prenons l’entraîneur de Newcastle United, Eddie Howe. Lorsque ses joueurs ont le ballon, il utilise un schéma en 4-3-3 qui garantit l’équilibre entre l’attaque et une couverture défensive convenable. Quand ils perdent le ballon, il passe à un schéma en 5-4-1 : un milieu de terrain se joint à la défense et plusieurs attaquants se retirent vers le milieu de terrain. Il est plus difficile de briser cette formation défensive compacte, ce qui limite de fait le risque que les adversaires marquent un but.
Dans un sens, cette modification multiplie les possibilités tactiques par deux pour les joueurs, ainsi que pour les entraîneurs gérés par IA, qui disposent de la même boîte à outils. Comme la plupart des fonctionnalités, elle est conçue pour accommoder les joueurs qui s’investissent moins, grâce à la présence d'un assistant, tout en offrant une « super-profondeur » à ceux qui veulent avoir tous les détails. Pour obtenir davantage d’aide, il existe également une nouvelle ressource appelée FMPedia, qui contient des explications et des animations pour chaque tactique.
« Il était probablement plus facile de réaliser le jeu quand nous avions un demi-million de joueurs qu'avec 20 millions de joueurs », estime Miles Jacobson. « Nous devons désormais satisfaire bien plus de types de public différents. Trouver l’équilibre entre un jeu trop compliqué et un jeu trop simple a été une étape importante pour nous. »
Certaines fonctionnalités récurrentes, telles que les cris des joueurs, ont été supprimées. Si réprimander les joueurs qui ne donnent pas tout ce qu’ils ont ou crier des encouragements est fidèle à la réalité, leurs effets en jeu ne sont pas avérés. « On n’en voulait pas dans le jeu s’ils étaient pourris », dit-il. « Et ils étaient un peu pourris. » Pour Miles Jacobson, ils ne correspondaient pas au modèle de transparence qu’ils avaient espéré obtenir grâce à leur nouvel outil de visualisation.
D’autres fonctionnalités, telles que les rôles des joueurs, qui permettent de définir la personnalité tactique de chaque position, ont bénéficié d’une refonte plus que nécessaire. Plusieurs rôles classiques ont été supprimés, car ils ne reflétaient plus les exigences du jeu moderne quand la possession est perdue. Parmi les rôles supprimés, il en existe un dont on se rappellera avec tendresse si l’on a vu des superstars telles que Zinedine Zidane, Francesco Totti et Kaká en action dans les années 1990 et 2000 : le trequartista.
Un attaquant itinérant, qui n’avait pas vraiment de fonctions défensives importantes, le trequartista était une façon de permettre aux prodiges qui gagnaient des matchs et dont les instincts valaient la peine de faire des compromis, de laisser libre cours à leurs incroyables talents. Le rôle est devenu « un mème », un petit plaisir désuet qui convient à un jeu plus lent. Miles Jacobson, qui éprouve la même affection que moi à l’égard de Francesco Totti, s’attend à ce qu’il entre dans la légende de la série, tout comme Freddy Adu, le jeune prodige américain dont la carrière en tant que milieu de terrain n’a jamais été à la hauteur du joueur de niveau mondial qu’il a été dans Football Manager.
Rattraper le temps perdu
La révolution tactique fait pâle figure comparée à l’explosion de l’intérêt pour le football féminin. D’après la FIFA, près d’un milliard de personnes ont regardé la Coupe du monde féminine de football 2023 et plus de 2 millions de spectateurs ont regardé la United States National Women’s Soccer League l’année dernière. De ce fait, Miles Jacobson considère que l’ajout de 14 leagues féminines dans FM26 (y compris la US NWSL et le Championnat d’Angleterre féminin) est moins une révolution qu’une réparation d’un tort qui n’a que trop duré.
« Il ne s’agissait pas de se contenter de coller des queues de cheval sur les modèles des hommes, comme certains jeux ont tenté de le faire auparavant », dit-il. « Nous avons fait ça correctement. »
Pour Sports Interactive, l’annonce du projet en 2021 donnait l’impression de recommencer de zéro. Le jeu est souvent comparé à un tableur, car il dépend des représentations statistiques des joueurs. En coulisses, pendant plus de 30 ans, l’équipe s’est affairée à rassembler des montagnes de données pour bâtir un réseau mondial de plus de 1 600 dénicheurs de talents, qui dépasse ceux utilisés par de nombreux clubs professionnels (et qui a même été agréé par 40 d’entre eux). Il donne une note sur 20 aux attributs des joueurs, tels que le rythme, la détermination ou les passes.
L’équipe en charge des données du football féminin, menée par Tina Kerch, a fait face aux mêmes manques de données qu’aux débuts de la franchise, ce qui rappelle l’époque où Sports Interactive envoyait ses dénicheurs de talents à l’étranger dotés uniquement d’un billet pour le match et d’un parapluie pour les jours pluvieux. En plus d’utiliser les images des caméras Hawk-Eye pour réaliser des animations correctes et illustrer les différences de démarches et de morphologie, l’équipe a également consulté différentes professionnelles du football féminin, comme Emma Hayes, l’ancienne entraîneuse de Chelsea qui est désormais à la tête de l’équipe féminine de football des États-Unis, avec laquelle elle a déjà remporté l’or aux Jeux olympiques de 2024. Par conséquent, dans FM26, les différents types de blessures et les rythmes de récupération propres au football féminin reposent sur des données issues de la vie réelle.

Miles Jacobson ne voit pas le football féminin comme une entité complètement différente du football masculin, tout comme les différences du jeu sont des différences en matière de statistiques, et non de genre. En général, la taille moyenne d’une équipe féminine est moins élevée que celle d’une équipe masculine et un gardien de but plus petit, quel que soit son genre, fait face à des tirs en hauteur qui ont pour objectif d'exploiter cet avantage. Cela s’applique aussi bien à Miles Jacobson, qui mesure 1 m 71, qu’à une femme de la même taille.
« Nous ajoutons le football féminin au jeu parce que c’est ce qu’il faut faire. Il était vraiment temps de le faire, et il s’agit d’une nouvelle expérience formidable pour n’importe lequel de nos joueurs », affirme Miles Jacobson. « Au final, il s’agit d’un seul et unique sport : le football. Il s’agit également d’un seul et unique jeu : Football Manager. Pour nous, il est donc essentiel de tout regrouper dans un même univers. »
Croire aux contes de fées
Pendant les deux ans qui se sont écoulés depuis FM24, une des plus grosses nouveautés du football masculin a été la nouvelle version de la Coupe du Monde des clubs, qui a fait sensation auprès des spectateurs et qui a également vu l'attribution d’une récompense de 1 milliard aux équipes qui étaient déjà les plus riches du monde. La générosité sans précédent du tournoi et sa contribution aux inégalités dans le sport ne sont pas des nouveautés pour Football Manager. Ses modèles existants permettent de gérer ces afflux d’argent sans perturbations.
En réalité, cela pose un problème d’équilibre : plus de l’argent est injecté dans le jeu, plus le gouffre entre les clubs riches et (par comparaison) les clubs pauvres va se creuser. Le fait de jouer à Football Manager, ou d'être un simple supporter de football, signifie qu’on croit en des victoires inespérées. Croire aux contes de fées ne se limite pas aux spectateurs qui assistent à l’ascension du club de la série Bienvenue à Wrexham dans l’English Football League.
Miles Jacobson affirme promptement que les miracles peuvent se produire aussi bien dans la réalité que dans Football Manager. Leicester a réussi l’impossible en gagnant la Premier League en 2016, Getafe s’est dépassé en Espagne et Atalanta en a fait de même en Italie. Suivre l’exemple d’un club bien géré peut donner les mêmes résultats.
Le temps de jeu moyen que les joueurs consacrent à la franchise, et qui est d’environ 500 heures, permet d’améliorer les compétences des joueurs. Cependant, aucun ensemble de données, aussi complet soit-il, ne tient compte des échecs humains et des événements personnels qui peuvent faire capoter la carrière de nombreux joueurs prometteurs. « Tant mieux si le jeu est plus facile que la vraie vie. Nous nous efforçons de refléter la réalité, mais si personne ne gagnait, alors personne ne jouerait », affirme-t-il.
Ayant été à l’origine de nombreuses fins dignes de contes de fées pour des joueurs en jeu dont les équipes ont déjoué les pronostics, le maître d’œuvre de la franchise, à la barre depuis longtemps, mérite d’avoir la sienne pour FM26. « Je croise les doigts », dit-il. « Sinon, je vais devoir trouver un vrai travail, et je n’en ai pas envie ! »
Football Manager 2026 sera disponible à partir du 4 novembre sur l'Epic Games Store.