Reportage

Phantom Blade Zero à l'essai : L'équilibre entre spectacle de kung-fu et défi Soulslike

A
Alan Wen, Contributor
9 oct. 2026

Phantom Blade Zero ne se résume pas à des combats de boss. C'est pourtant dans ses duels rapides, aériens et frénétiques qu'il retranscrit le mieux le suspense haletant d'un affrontement entre adversaires parfaitement assortis, rappelant les films d'arts martiaux classiques, comme le combat de dix minutes de Bruce Lee contre Chuck Norris dans La Fureur du dragon ou l'affrontement entre Michelle Yeoh et Zhang Ziyi dans Tigre et Dragon.

Si vous avez déjà joué à un jeu de rôle d'action contemporain à la troisième personne, en particulier à un titre fortement inspiré de Dark Souls, vous retrouverez ici de nombreux éléments familiers. Les actions comme les attaques puissantes et la défense demandent une ressource énergétique, le « Sha-Chi », mais il est tout aussi important de réagir aux attaques de votre adversaire, représentées par des codes couleur, pour pouvoir les esquiver ou les parer en conséquence.

Et pourtant, leur exécution donne une impression très différente.

Par exemple, Soul, l'assassin Phantom, ne se contente pas de brandir sa lame devant lui pour anticiper une attaque en se défendant ; il frappe la lame adverse, reflétant la philosophie du yin et du yang du kung-fu chinois, où l'attaque et la défense ne font qu'une.

Les arts martiaux, en particulier dans les films wuxia, donnent souvent l'impression d'un duel dansé, ce qui peut également faire penser aux séquences minutieusement chorégraphiées et scénarisées de jeux d'action cinématiques comme God of War ou Uncharted. Ces séquences existent aussi dans Phantom Blade Zero, mais elles ne peuvent pas non plus être décrites comme de simples événements rapides, car vous gardez souvent le contrôle total des actions de Soul pendant toute leur durée.

À mesure que Soul s’enfonce dans l’univers martial et mystérieux du Wulin, après un duel qui l’a laissé gravement blessé et avec seulement 66 jours à vivre, une autre question se pose quant à l’orientation de Phantom Blade Zero : est-ce qu'il s'agit là d'un jeu d’action-aventure cinématographique à la troisième personne, où l’on se sent instantanément héroïque, ou plutôt d'un jeu Soulslike exigeant, où chaque petit progrès est durement acquis ? Mon expérience avec le premier chapitre me laisse penser que le jeu trouve un équilibre entre les deux.

Découvrez le Wulin

Soulframe Liang, le fondateur et réalisateur de S-Game, a consacré une dizaine d'années à la création de jeux plus modestes, dont trois titres mobiles, avant de se tourner vers les jeux AAA. Il est conscient du dilemme qui l'habite entre une expérience moderne et accessible et les jeux hardcore avec lesquels il a grandi.

Le premier chapitre voit Soul remonter une vallée envahie par des ennemis rendus fous par un fléau qu'on appelle la Transcendance. Soul est un assassin très habile d'emblée, et il peut rapidement éliminer un grand nombre d'ennemis avec son arme principale, Sanguine, une épée à une main au nom évocateur, dont la lame est en acier rouge sang.

Mais l'exploration et la découverte sont également des éléments essentiels de ce jeu de rôle d'action. J'ai découvert les traces de coups d'épée sur des parois rocheuses, signe qu'elles peuvent être escaladées. J'ai également rencontré des obstacles qui semblent nécessiter des outils que je n'ai pas encore trouvés, comme des gouffres avec des points d'ancrage, infranchissables sans un grappin, ou un sac suspendu à un grand arbre atteignable seulement avec un arc. D'autres détails, comme un message en caractères chinois gravé dans un mur, laissent entrevoir des mystères qui restent à découvrir.

Pour Soulframe Liang, l'objectif est d'approfondir l'univers du Wulin pour les joueurs, tout en conservant l'idée initiale de créer un film de kung-fu jouable.

« Le plus important, c'est que nous avons renforcé l'intensité de l'expérience, mais il ne s'agit pas forcément de la rendre plus vaste, explique-t-il. Nous avons une très belle carte, mais plutôt que de la remplir avec des milliers de quêtes secondaires, nous en avons créées seulement un certain, toutes très profondes et dramatiques, sur le wuxia ou la vengeance. Nous avons augmenté la densité de l'expérience plutôt que la quantité. »

L'atmosphère mystérieuse du Wulin repose également sur la manière dont le niveau est conçu et présenté. La carte est stylisée à l'image d'une peinture à l'encre de Chine, et l'œuvre d'art se révèle à mesure que vous explorez et vous reposez près des cloches.

« Cela vous donne une idée générale de la direction à suivre, mais ce n'est pas très précis, ce qui vous laisse tout de même une certaine marge de manœuvre pour explorer », déclare Soulframe Liang, qui a d'abord étudié l'architecture à Tsinghua et à Yale avant de mettre cette formation au service de la conception d'univers de jeux vidéo. « Ce que nous faisons dans Phantom Blade Zero, c’est intégrer un langage graphique moderne, puis utiliser l’art et le design pour en faire une expérience immersive, plutôt qu’une simple liste de quêtes secondaires ou d'indications très précises sur la carte. Nous voulons continuer à préserver l’authenticité propre à l’âge d’or des jeux vidéo. »

L'authenticité, mais avec originalité

S-Game prête une grande attention à l'authenticité dans Phantom Blade Zero, notamment à travers ses nombreuses animations en capture de mouvement. Un combat contre une formation de sept maîtres d'armes a par exemple exigé l'enregistrement de sept acteurs en simultané. Pour une scène de combat contre un lion chinois, le studio a fait appel à un grand maître de la danse du lion, dont l'art se transmet depuis plus de dix générations.

Donnie Yen, légende des arts martiaux hongkongais, a également été très impliqué dans ce jeu. Il incarne Mó Yuan, le père de Soul, et est aussi intervenu comme consultant créatif en faisant venir son « équipe de cascadeurs familiale » pour la capture de mouvement.

« Donnie nous a donné beaucoup d’excellentes idées en matière de chorégraphie et nous a également transmis une certaine vision esthétique et philosophique du kung-fu et du maniement de l’épée. Il nous a enseigné non seulement l’aspect visuel du mouvement, mais aussi ce qui le sous-tend, ce qui nous a permis de donner une nouvelle dimension à notre jeu, raconte Soulframe Liang. Il était très occupé ces deux dernières années, entre ses rôles d'acteur et la réalisation de son propre film, mais il a fait tout ce qu'il pouvait pour nous soutenir. Parfois, lorsqu'il avait un week-end de repos, il prenait l'avion depuis l'Europe vers la Chine le vendredi soir, nous aidait pour la capture de mouvement, puis repartait le dimanche après-midi. Ça paraît fou, mais c'est vraiment touchant, et nous lui en sommes très reconnaissants. »

Une attention encore plus grande a été portée aux 55 armes que Soul peut manier, chacune d'entre elles ayant nécessité un mois de capture de mouvement. Beaucoup d'entre elles sont d'abord maniées par des boss, puis vous reviennent une fois que vous les avez vaincus. Ainsi, lorsqu'une boss se sert d'une arme, le studio fait appel à une actrice pour reproduire ses mouvements, ce qui permet ensuite de les distinguer de ceux de Soul lorsqu'il s'empare de la même arme. Pour Soulframe Liang, tous ces efforts minutieux sont au bénéfice du joueur.

« Cela améliore la qualité et la densité de l'expérience plutôt que son ampleur, explique-t-il. On passe un mois à faire de la capture de mouvement, et les joueurs ont l'impression que tout est naturel, rien ne vient perturber l'expérience. Vous ne vous rendez pas compte du nombre de techniques qu'il y a, mais si vous y regardez de plus près, il y a une tonne d'actions et de gestes, avec une multitude de mouvements qui s'enchaînent. »

Cet engagement en faveur de l'authenticité suppose également de bousculer les stéréotypes associés à un jeu issu de la culture chinoise. La vallée abrite une forêt de bambous, élément caractéristique des films wuxia classiques, de A Touch of Zen au Secret des poignards volants. Mais vers la fin du premier chapitre, Soul arrive devant une tour aux accents steampunk plus modernes, basée sur le scan 3D d'une véritable usine sidérurgique abandonnée à Beijing. Même le lion chinois, avec ses pas de danse fidèlement reproduits et une bande-son composée de percussions interprétées par de véritables maîtres, réserve une surprise dans sa deuxième phase, lorsque la musique vire au rock'n'roll.

« Nous ne voulons pas créer un stéréotype de la culture chinoise ou asiatique, souligne Soulframe Liang. Nous ne sommes pas seulement chinois, nous appartenons à une nouvelle génération, et l'image de la Chine d'aujourd'hui peut aussi inclure des robots ou des trains à grande vitesse. C'est donc ce que nous allons présenter, en tant que nouvelle génération de créateurs chinois.

Redéfinir la difficulté

J'ai pu affronter ce lion dansant, qui apparaît bien plus tard dans le jeu, mais je n'ai jamais vu sa deuxième phase. La première phase à elle seule est un combat incroyablement exigeant. Elle demande une observation attentive des mouvements du lion, tandis que vous esquivez ses attaques, partant de sa crinière de pointes acérées jusqu'à son souffle enflammé.

Cela dit, Phantom Blade Zero ne vous jette pas tout de suite aux lions. Les boss de ce premier chapitre, notamment Jagged Steel, une brute déchaînée dont l'arme qui porte le même nom que lui inflige des saignements ; Peng Meng, un maître de la hache aux coups dévastateurs ; et The Hunt, un chasseur masqué de l'Ordre, vous permettent de mettre en pratique ce que vous avez appris. Cependant, le jeu cache quelques boss secrets hors des sentiers battus, que je n'étais clairement pas encore prêt à affronter.

Tout cela montre bien que le caractère spectaculaire de Phantom Blade Zero ne se fait pas au détriment des efforts que vous devez fournir pour remporter la victoire, et toute tentative de gagner à coups de bouton frénétiques est sévèrement sanctionnée.


Pourtant, S-Game a également pris des mesures pour atténuer les frustrations courantes dans d'autres jeux Soulslikes. Vous ne perdez aucune ressource quand vous mourrez, et les cloches se trouvent à proximité des combats de boss. J'ai fini par vider la barre de PV de The Hunt, pour finalement le voir revenir avec une deuxième phase et une deuxième barre de PV, alors que je n'avais plus aucun soin à disposition. Ce fut un soulagement de réaliser qu'après être mort et m'être régénéré au point de contrôle, je pouvais reprendre la partie à partir de la deuxième phase.

Vous pouvez également abaisser la difficulté, passant du mode par défaut Pathbreaker au mode plus indulgent Wayfarer. Il ne s'agit pas seulement de rendre le jeu plus facile ; S-Game s'adresse également aux joueurs aguerris qui cherchent un plus grand défi. Le mode Hellwalker utilise une IA adaptative : les ennemis analysent ainsi vos habitudes et modifient leurs schémas d'attaque en temps réel. Le mode 66 Days transforme le compte à rebours de l'histoire en une limite stricte du nombre de fois où Soul peut mourir avant que le jeu ne se termine définitivement.

« Le mode 66 Days est déverrouillé en mode New Game Plus, explique Soulframe Liang. Nous ne voulions pas que les joueurs se sentent trop frustrés lors de leur première partie. Nous souhaitons que le plus grand nombre possible de personnes aille jusqu’au bout de l’histoire et comprenne la mentalité du héros. La deuxième partie est entièrement consacrée au gameplay et aux défis ! »

Phantom Blade Zero sortira sur l'Epic Games Store le 29 octobre 2026.

Au cœur de l'histoire
Phantom Blade Zero
Phantom Blade Zero
59,99 $US