
Les horreurs humaines de Red Dead Redemption 2

Certaines personnes prétendent pouvoir lire l'avenir dans des entrailles. Je savais ce que l'avenir me réservait lorsque je suis tombé sur un bout d'intestin au bord d'une route, dans les Heartlands de Red Dead Redemption 2. Ces intestins m'ont conduit à une victime de meurtre, et cette triste mort m'a orienté vers l'un des moments les plus remarquables du jeu : devoir retrouver un tueur en série.
La quête « Les rêves américains » dans Red Dead Redemption 2 n'est pas vraiment un mystère à résoudre. Rockstar, dans un mouvement audacieux, a tout bonnement caché trois discrètes scènes de crime dans le monde animé et grouillant de son jeu. Le shérif Malloy de Valentine peut mettre les joueurs sur la piste du tueur de manière plus officielle, bien qu'il ne fournisse pas plus qu'une tape sur les fesses et un « Allez, au boulot ! ». Mais la plupart des joueurs risquent de découvrir ces horreurs simplement en jouant au jeu. En trottant à travers une vaste étendue sauvage, les joueurs développent un sens aigu de leur environnement, afin de repérer des créatures qui pourraient devenir un repas ou un chapeau. Ou, dans ce cas, trois corps mutilés, pendus et cachés hors des sentiers battus.
Clignez des yeux au mauvais moment et vous les raterez (ce que vous auriez probablement préféré, d'ailleurs).
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Alors que j'étais en train de traquer un cerf, j'ai aperçu un éclat rouge du coin de l'œil. Une jambe humaine gisait sur le sol, abandonnée en bordure du chemin, entourée de quelques morceaux de viande cartilagineux et luisants dans les broussailles. Les oiseaux charognards, picorant des morceaux indistincts, se sont dispersés lorsque je me suis approché.
Mais ce que j'ai trouvé était tout sauf indistinct. Quelqu'un avait gribouillé « Look On My Works » (Admirez mes œuvres) en grandes lettres sur un rocher. Quelques mètres derrière, une tête avec un rouleau de papier dans la bouche était clouée à un pont ferroviaire. J'ai soigneusement retiré le papier de la bouche et l'ai déroulé pour révéler un morceau de carte. Ce bout de papier fragile et taché était le seul véritable indice que j'avais pour retrouver la piste du tueur.
Mais le deuxième corps est celui qui a vraiment fini par m'affecter. Je ne me souviens même plus de ce que j'étais en train de faire sur le moment, mais j'ai fini par apercevoir une autre tache rouge et de répugnants morceaux de matière sur le côté de la route. Je suis alors descendu de mon cheval, Trotsky, et j'ai suivi les entrailles dispersées comme des serpents dans l'herbe.
La piste des entrailles s'arrêtait dans un amas de gros rochers qui semblait être une impasse, et je suppose que c'était effectivement la fin de la route pour quelqu'un. Les mots « Do You See ? » (Voyez-vous ?) étaient gribouillés sur un rocher, et sur celui d'à côté étaient dispersés les restes d'une autre victime. Les bras sans vie étaient tordus et tirés par de fines cordes, et le torse ne ressemblait presque plus à une partie de corps humain.

Ça, pour voir, j'ai vu. En pleine lumière du jour. C'est l'un de ces moments où j'aurais préféré que Red Dead Redemption 2 ne soit pas aussi incroyablement détaillé. Pris de dégoût, j'ai éloigné la caméra des bouts de viandes qui pendaient. Mais ce faisant, j'ai alors remarqué une tache de sang sur un petit rocher à proximité. Une autre tête gisait sur un rocher, avec un autre bout de carte dans la bouche. Où tout cela allait-il s'arrêter ?
Dans un jeu où l'on peut trouer la peau de trois personnes avant même son petit-déjeuner, le joueur est plutôt insensible à la mort de façon générale. Mais la mort ici avait un tout autre visage, et Rockstar avait réussi à jouer avec mes émotions. Le tueur avait fait subir à ses victimes un tel calvaire que les restes éviscérés ne pouvaient que traumatiser quiconque aurait le malheur de tomber dessus. Les victimes n'étaient réduites à rien de plus que de la chair difforme. Les messages peints par le tueur ne laissaient aucun doute quant à sa volonté d'être reconnu pour son œuvre. Il ne cherchait pas à être compris, ni même à faire passer un message d'une puissance supérieure. Il cherchait juste à laisser son empreinte. Et pour cela, il n'a pas hésité à éviscérer ses victimes jusqu'à l'os.
J'étais fou de rage. Une véritable colère s'est emparée de moi contre l'esprit tordu qui cherchait ainsi la célébrité.
Je suis tombé sur le troisième corps quelques jours plus tard. Ma colère était légèrement retombée, mais elle était toujours là. Il m'en restait encore assez pour qu'elle s'enflamme à nouveau à la vue de la mare rouge trouvée tout au sud de la carte, à la croisée d'un chemin près de Rhodes.
Un torse écartelé entre les branches d'un vieil arbre biscornu, à quelques pas sur le côté de la route, avec le mot « Behold » (Admirez) gribouillé sur son écorce. J'ai alors trouvé la dernière tête avec le dernier bout de carte de l'autre côté du tronc, me révélant la localisation du tueur.

La carte complète indiquait « Lucky's Cabin », un taudis brûlé avec une cave verrouillée. Le tueur ne vivait donc qu'à quelques minutes de Valentine, sous le nez du shérif bourru. J'ai ouvert la cave et je suis entré.
Par chance, la lumière de ma lanterne n'était pas assez forte pour éclairer entièrement la scène : des crânes sur des étagères, des bouts de corps qui pendent et des traces de mains sur les murs. Des notes griffonnées, et même un appareil photo, révélaient plus de détails sur le tueur. Un appareil photo. Le summum de la technologie à l'époque, aussi puissant qu'un pistolet entre de mauvaises mains.
C'était l'œuvre d'Edmund Lowry Jr., un individu nerveux qui avait perdu toute humanité. Un homme lui-même victime d'une mère tyrannique, qui lui adressait des réquisitoires sans fin sur son état de célibataire et le besoin impérieux de trouver une femme. Un homme qui voulait à tout prix qu'on le remarque. Il avait même envoyé des lettres au journal local, leur demandant de couvrir les meurtres sous couvert de préoccupation citoyenne.

Lowry était le genre de monstre qui ferait l'objet de profilages tout au long du XXe siècle : d'abord par le FBI, puis dans les journaux, les rapports, les livres, les podcasts et les documentaires. Mais à cette époque, son seul public était un Arthur Morgan fou de rage.
Néanmoins, Edmund avait alors réussi à prendre le dessus sur moi, surgissant de l'ombre pour me mettre K.O.
Edmund Lowry Jr. était le type de personne qui remplissait les derniers instants de ses victimes d'une torture mentale, s'éternisant à discourir sur la souffrance et le plaisir. Arthur, en homme pragmatique, finit par réussir à se réveiller et à attraper l'arme la plus proche : une tête coupée qui gisait près du matelas miteux sur lequel il s'était effondré. Cette pauvre victime eut au moins un semblant de vengeance, envoyant Lowry au sol d'un ultime coup de tête.
J'ai été coupable de nombreux méfaits en tant qu'Arthur dans Red Dead Redemption 2. J'ai répondu par les poings à des regards de travers, de nombreuses fois sorti mon arme sans raison, et tué des dizaines de personnes. Néanmoins, rencontrer Edmund Lowry Jr. a bouleversé ma perspective sur le jeu. Vivre en tant que voleur, bandit, quelqu'un prêt à trahir les siens pour de l'argent, semblait être l'option facile lorsque presque chaque personne que je rencontrais semblait prête à dégainer et à tirer. J'ai tué des gens, j'ai tiré dans le dos de personnes que je croisais sur les routes de terre. Ils ne me voulaient aucun mal. Certains me saluaient même.
Mais j'ai arrêté tout cela après mon passage dans la cave d'Edmund Lowry. J'ai commencé à voir la mort de façon moins désinvolte dans Red Dead Redemption 2.

Bien qu'un système de morale soit intégré aux aventures d'Arthur, pour moi, cela dépassait les questions de quantité de balles tirées et de victimes. Il devait y avoir une différence entre moi et l'homme dans cette cave. C'était un choix conscient. Fini les meurtres aléatoires. Je ne sortais dorénavant mon arme qu'en cas de besoin. Je m'arrêtais pour aider les gens, même si ça se terminait pour moi en embuscade et volée de coups. Bien que j'ignorais le système d'Honneur du jeu, les choses ont commencé à changer. Les options des dialogues devenaient plus optimistes. Les objets devenaient moins chers dans les boutiques. Les gens m'appréciaient. J'avais une meilleure opinion de moi-même.
Edmund est l'un des trois tueurs en série de Red Dead Redemption 2. Il y a également une prostituée qui cherche à obtenir votre aide. Son histoire personnelle est tragique, mais elle finit par se révéler être une tueuse sans scrupules. On retrouve également un vampire qui hante les rues de Saint Denis. Je les ai rencontrés tous les deux, et provoqué leur chute à tous les deux. C'était la seule option.
Red Dead Redemption 2 est disponible sur l'Epic Games Store.