Actus

Comment Ubisoft a transformé un mirage urbain en une véritable ville dans Assassin's Creed Mirage

M
Meghan Sullivan
12 oct. 2023
Assassin's Creed Mirage a récemment été lancé sur l'Epic Games Store, offrant aux joueurs la possibilité d'escalader, de sauter, se cacher, se faufiler et courir à travers les rues du Bagdad du IXe siècle dans l'objectif de devenir un maître assassin. La ville que Basim, le jeune protagoniste, doit explorer prudemment est une riche tapisserie de récits et de secrets, tissée à partir d'une base historique réelle et complexe. Nous avons abordé cette histoire dans un article récent, mais une question nous taraude : comment diable l'équipe d'Ubisoft a-t-elle réussi à transformer les vestiges d'une cité antique en une merveille aussi vivante ? Après tout, le Bagdad de Ceux qu'on ne voit pas a été détruit il y a des centaines d'années. Dans cette interview, les développeurs expliquent comment ils ont réussi à faire renaître de ses cendres l'antique « Cité de la Paix ».

Nous savons qu'Assassin's Creed Mirage se déroule à Bagdad au IXe siècle, pendant « l'âge d'or » du califat abbasside. Qu'est-ce qui faisait de Bagdad une ville si spéciale à l'époque ?

Jean-Luc Sala, directeur artistique, Ubisoft Bordeaux : Cette période d'âge d'or coexiste avec « l'âge sombre » européen et contraste fortement avec notre idée commune du Moyen Âge. Bagdad était le centre de ce monde. À l'époque du jeu, la ville a une centaine d'années et abrite le meilleur de cet âge d'or dans les domaines de l'art, de la science et de la philosophie... c'est aussi une ville surprenante. La plupart des gens s'attendent à du sable et des ruines, mais ce n'était pas le cas. L'eau est abondante, avec des canaux, des bassins, des fontaines, des jardins luxuriants et des arbres. Bagdad est aussi un hub commercial au milieu de la route de la soie. C'est également une ville très diversifiée, où coexistent sous le califat trois religions et de nombreuses nationalités. Évidemment, essayer de recréer une ville antique s'accompagne de son lot de défis, qui plus est une ville ayant été plus tard détruite et reconstruite.

À quelles difficultés avez-vous été confrontés lors de la conception du Bagdad du IXe siècle, et comment avez-vous réussi à les surmonter ?

Jean-Luc Sala : Le principal problème est que l'invasion mongole a détruit la ville (en 1258 après J.-C.), et qu'aujourd'hui il ne reste rien de la ville de Bagdad originale. Nous avons donc dû nous appuyer sur la littérature de l'époque et sur les descriptions de la ville faites par des voyageurs médiévaux. La ville était si incroyable que nous avons beaucoup de descriptions de toutes les rues et des sites principaux. (À l'exception de la célèbre « Maison de la Sagesse ». Nous avons dû la reconstruire à partir de zéro, puis choisir son emplacement). Heureusement, Guy Le Strange, le géographe historique de l'islam médiéval le plus reconnu, a dessiné des cartes il y a 100 ans et a publié Baghdad during the Abbasid Caliphate. Ce livre et ces cartes ont été notre point de départ, et peu de temps après, des chercheurs ont rejoint l'équipe et nous ont aidés à remplir les rues avec précision. Pour l'architecture, nous avons également utilisé d'autres villes abbassides qui existent encore aujourd'hui comme source d'inspiration.

Quels sont les endroits authentiques que Basim peut visiter en traversant Bagdad, et y a-t-il des endroits que vous avez hâte que les joueurs explorent dans Assassin's Creed Mirage ?

Jean-Luc Sala : À quelques kilomètres de Bagdad se trouve l'incroyable site de Dur-Kurigalzu. Il s'agit d'un ziggourat babylonien en ruines qui domine les dunes de sable, à ne surtout pas manquer ! Pour l'intérieur de la ville... nous avons hâte que les joueurs découvrent l'immense bazar, la paisible et imposante Maison de la Sagesse, et bien sûr la ville ronde elle-même, qui est un véritable joyau.

Quelle est la taille de Bagdad comparée à des villes comme l'Athènes antique dans Assassin's Creed: Odyssey, ou l'Alexandrie hellénistique dans Assassin's Creed: Origins ?

Jean-Luc Sala : Étant donné que nous sommes un jeu plus ciblé, nous avons décidé de faire moins (en termes de taille du monde) pour donner plus de détails et de vie à notre ville. Cependant, elle est certainement plus grande que toute ville des trois derniers jeux Assassin's Creed, donc plus grande qu'Alexandrie et Athènes combinées. Je n'ai jamais vérifié les chiffres, mais Bagdad semble aussi grande que Paris dans Assassin's Creed Unity et Londres dans Assassin's Creed Syndicate.
Comment Ubisoft a transformé un mirage urbain en une véritable ville dans Assassin's Creed Mirage - Antique
Bagdad était une ville très diversifiée au IXe siècle. Y avait-il des détails culturels, religieux ou linguistiques spécifiques qui se sont avérés difficiles ou auxquels vous deviez être attentifs ?

Jean-Luc Sala : Bagdad était une capitale, le centre d'un empire s'étendant de l'Algérie à l'Inde, le futur lieu d'une rébellion d'esclaves africains et le carrefour d'érudits, de scientifiques et d'artistes de nombreuses origines et parlant bien des langues. En plus de l'Islam, Bagdad abritait également des chrétiens grecs (nestoriens) et des juifs. Ainsi, de nombreux aspects de la ville et de la population ont offert des opportunités intéressantes de présenter de la diversité, aussi bien en matière de personnes que de bâtiments. Nous avons travaillé avec des conseillers culturels et des experts afin de nous assurer de la précision de chaque aspect du jeu. Par exemple, les accents, les expressions et l'arabe classique utilisés dans le jeu ont été supervisés.

Les mécanismes de gameplay comme la furtivité et le parkour sont des piliers majeurs d'Assassin's Creed. Comment l'équipe a-t-elle réussi à équilibrer le besoin d'une architecture visuellement et historiquement précise avec des moyens ingénieux pour permettre à Basim d'utiliser l'environnement pour atteindre différents objectifs ?

Jean-Luc Sala : Notre priorité était de faire un bon jeu. Nous utilisons des prototypes avec des bâtiments temporaires qui ressemblent à des cubes de sucre pour définir la taille des rues pour le parkour. Ensuite, nous ajustons la conception du jeu et la conception du monde en fonction de ce que nous apprenons auprès des historiens. Heureusement pour nous, l'architecture classique abbasside est à la base de l'architecture de Damas. Damas, Jérusalem et Acre étaient les premières villes de la saga Assassin's Creed, et toutes les règles du parkour sont conçues pour ces villes. Ramener l'architecture abbasside dans la franchise a aidé à faire revenir le parkour classique et la nostalgie des premiers jeux.

La décision a été prise de ne pas inclure de mode « Discovery Tour » dans Assassin's Creed Mirage. De quelles façons les joueurs qui le souhaitent peuvent-ils en apprendre davantage sur la ville et la culture de Bagdad au IXe siècle ?

Jean-Luc Sala : Au lieu d'avoir du contenu éducatif sur un autre support comme nos Discovery Tours, nous avons décidé de revenir à la formule du Codex des premiers jeux. Vous devrez collecter des « anomalies de codex Animus » à des endroits très précis dans le monde, et chacune que vous collecterez ajoutera une nouvelle page dans le Codex du jeu. Ainsi, pendant votre exploration de Bagdad, vous aurez l'occasion d'en apprendre plus sur la vie quotidienne, la politique, les arts, la science, la religion et plus encore.

Y a-t-il des succès ou des trophées à gagner en explorant la ville en profondeur comme dans les précédents jeux Assassin's Creed ?

Jean-Luc Sala : Oui ! Il y aura des récompenses comme des costumes spécifiques et des trophées. Par exemple, vous obtiendrez une belle récompense si vous récupérez tous les « Livres perdus ».

Assassin's Creed Mirage est actuellement disponible sur l'Epic Games Store.